Huit victoires contre la discrimination, la violence et l’injustice liées au genre

Partout dans le monde, des gouvernements remettent en cause des décennies d’avancées en matière d’égalité des genres, ce qui se traduit par une multiplication des attaques contre les droits en matière de reproduction, la réduction au silence des voix féministes, la baisse des financements destinés aux organisations de défense des droits des femmes, et bien d’autres reculs encore.

Garantir et renforcer l’accès à la justice pour toutes les femmes et les filles est plus important que jamais, et figurera en tête des priorités lorsque les États membres des Nations unies se réuniront pour la 70e session de la Commission de la condition de la femme, du 9 au 19 mars 2026.

Voici huit exemples de combats qu’Amnesty International mène en faveur de l’égalité des genres et de la justice. Les victoires obtenues prennent différentes formes : décisions de justice historiques, réformes juridiques, reconnaissance acquise de haute lutte, obligation de rendre des comptes ou encore résistance face à l’injustice. Tant que nous n’abandonnerons pas, l’humanité sera en mesure de triompher – et triomphera – face à la discrimination, la violence liée au genre et l’injustice !

Burkina Faso

Zalissan, qui vit au Burkina Faso, risquait un mariage précoce forcé. Elle a décidé de parler à son père des conséquences dévastatrices qu’un tel mariage aurait pour elle, notamment en matière d’éducation. Son père a ainsi changé d’avis et elle a pu continuer d’aller à l’école.

Le taux de mariages précoces au Burkina Faso est l’un des plus élevés au monde. En conséquence, les filles sont souvent contraintes d’abandonner l’école pour s’occuper de leur foyer et de leur mari. Celles qui sont mariées jeunes sont en outre plus exposées à la violence domestique et aux complications de santé liées à la grossesse et à l’accouchement. Après des années de campagne d’Amnesty International et de ses partenaires, le Burkina Faso a adopté en 2025 des réformes attendues de longue date. Celles-ci fixent à 18 ans l’âge minimum du mariage pour les filles comme pour les garçons et établissent que le consentement doit être à la base de tout mariage. Autre progrès significatif : de nouvelles dispositions sur les droits en matière de succession éliminent la discrimination liée au genre à l’encontre des femmes et des filles.

République dominicaine

Les autorités dominicaines renvoient des centaines de femmes enceintes ou allaitantes en Haïti.

En novembre 2025, Amnesty International a publié un rapport dénonçant les arguments fallacieux avancés par le gouvernement dominicain pour justifier sa politique de répression contre les migrant·e·s sans papiers, dans le cadre de laquelle des centaines de femmes enceintes ou allaitantes ont été expulsées en Haïti. Ce rapport est paru après l’annonce par le président, Luis Abinader, de mesures de lutte contre l’immigration, dont une qui obligeait les patient·e·s étrangers à fournir, pour se faire soigner à l’hôpital, une preuve d’identité, un passeport avec un visa valide, une carte de travail délivrée par la Direction des migrations et une attestation de domicile. Amnesty International continue de faire campagne pour l’abrogation de ces protocoles d’accès aux soins médicaux, qui dissuadent les femmes enceintes sans papiers de se faire soigner pendant leur grossesse et après leur accouchement, et mettent leur vie en danger. Elle demande aussi la suspension des placements en détention arbitraire et des expulsions de ressortissant·e·s haïtiens, en particulier de femmes enceintes et d’enfants, qui résultent de cette nouvelle politique.

Haïti

Des gens fuient la violence des gangs à Pétion-Ville, dans la banlieue de Port-au-Prince, en Haïti.

En 2025, Amnesty International a dénoncé la violence des gangs contre les filles et les femmes à Port-au-Prince et dans d’autres localités. Dans un rapport rédigé à partir d’entretiens avec 112 personnes, dont 51 enfants, l’organisation a révélé les atteintes aux droits humains infligées à des femmes et des filles dans huit communes du département de l’Ouest – du recrutement et de l’utilisation d’enfants dans les gangs à des viols et d’autres formes de violences sexuelles. Elle a aussi présenté un résumé de ses conclusions au bureau du Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, en décembre 2024, dans l’espoir de faire cesser le cycle de la violence et d’obtenir justice pour les victimes et leurs familles. 

France

Des membres du collectif féministe « Les Rosies » défilent à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes à Paris.

Selon les statistiques officielles françaises, seules 6 % des victimes signalent les viols, tentatives de viol et/ou agressions sexuelles dont elles sont victimes. Afin de déterminer pourquoi certaines des personnes les plus vulnérables de la société ne font pas la démarche de dénoncer ces crimes, Amnesty International a interrogé des femmes migrantes, des femmes transgenres et des travailleuses du sexe sur ce qu’elles avaient vécu quand elles avaient tenté de signaler des violences sexuelles en France. Dans son rapport de 2024 intitulé « Rentrez chez vous, ça va passer… », l’organisation a montré que la discrimination structurelle, la réprobation sociale et les lacunes institutionnelles empêchaient couramment les victimes d’accéder à la justice, même au sein d’un système juridique garantissant officiellement leurs droits. Ces recherches ont révélé de fréquents refus de la police d’enregistrer les plaintes, des traitements discriminatoires, l’absence d’interprètes, des services d’aide insuffisants, ainsi que des stéréotypes de genre et des préjugés raciaux préjudiciables. En particulier, les femmes migrantes sans papiers et les travailleuses du sexe qui signalent des violences sexuelles s’exposent au risque de détention, d’expulsion ou d’autres atteintes aux droits humains, ce qui crée un effet dissuasif tenant totalement les victimes à l’écart de la justice.

Gaza

Des établissements fournissant des services de santé reproductive et des soins destinés aux femmes à Gaza ont été détruits par Israël.

En mars 2025, la Commission d’enquête de l’ONU sur le Territoire palestinien occupé a conclu qu’Israël recourait de façon systématique à la violence sexuelle, reproductive et fondée sur le genre à l’encontre de la population palestinienne et commettait des « actes génocidaires » en détruisant des centres de santé sexuelle et reproductive et en bloquant l’accès aux soins médicaux essentiels. En septembre 2025, elle a établi qu’Israël avait commis un génocide à Gaza, notamment en imposant des mesures destinées à empêcher les naissances. Ces conclusions faisaient suite au rapport d’Amnesty International de décembre 2024, intitulé « On a l’impression d’être des sous-humains »Le génocide des palestiniens et palestiniennes commis par Israël à Gaza, qui faisait état d’homicides, d’atteintes à l’intégrité physique et mentale et de conditions d’existence délibérément imposées pour détruire la population palestinienne de Gaza, « en tout ou en partie », dont des préjudices liés au genre résultant de cette attaque. Aux côtés de femmes défenseures des droits humains et de mouvements féministes, Amnesty International continue de recueillir des informations sur les atteintes aux droits humains, de défendre l’obligation de rendre des comptes et de mobiliser des soutiens pour les femmes et les filles palestiniennes.

Malawi

En 2025, la Haute Cour du Malawi a jugé, à propos d’une victime de viol de 14 ans, que le fait de ne pas lui avoir permis d’avorter en toute sécurité constituait une violation de ses droits aux termes de la Loi relative à l’égalité des genres. Dans cet arrêt historique, la Cour a accordé des dommages et intérêts à la jeune fille et a affirmé que l’accès à l’avortement sécurisé était indispensable pour protéger la vie, la santé et la dignité des femmes et des filles. Cette décision a établi un précédent important dans un pays où l’avortement reste largement interdit par la loi, la seule exception étant les cas où il est pratiqué pour sauver la vie de la femme enceinte. Du fait de cette loi draconienne datant de l’ère coloniale, de nombreuses adolescentes et victimes de violences sexuelles se retrouvent sans aucune solution sûre.

Amérique latine

En 2025, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a rendu une décision historique concluant que l’Équateur et le Nicaragua avaient bafoué les droits fondamentaux de trois filles qui avaient été violées et s’étaient vu interdire d’avorter et contraintes de mener leur grossesse à terme. Plus tard dans l’année le Comité a rendu une autre décision concernant le Guatemala. Dans ses constatations de grande portée, le Comité a estimé que ces filles avaient été soumises à des situations s’apparentant à de la torture. Pour la première fois, il a reconnu qu’une maternité forcée interrompait et entravait les objectifs personnels, scolaires et professionnels des filles et restreignait fortement leur droit de vivre dans la dignité. Le Comité a appelé les États à modifier leur législation pour garantir l’accès à l’avortement en toute légalité et sécurité, en particulier en cas de violences sexuelles ou de risques pour la vie ou la santé de la personne enceinte, et leur a demandé d’accorder des réparations aux victimes pour les aider à reconstruire leur vie. Ces plaintes font partie de la campagne « Des filles, pas des mères », dont Amnesty International est un des membres fondateurs et actifs.

Népal

Aux côtés de familles dalits et de militant·e·s, Amnesty International continue de faire pression sur les autorités népalaises pour qu’elles mettent en place des protections efficaces pour les dalits.

Bien qu’interdite par la loi, la discrimination fondée sur la caste reste monnaie courante au Népal. Non seulement elle alimente la violence et les préjugés à l’encontre de millions de dalits (opprimé·e·s) et de membres d’autres groupes minoritaires, mais elle les prive aussi de justice car la police a tendance à enquêter moins rapidement et moins efficacement sur les crimes visant ces groupes. Un pas décisif a cependant été franchi en 2023 avec l’arrêt historique du tribunal du district de Rukum-Ouest, qui a condamné 26 personnes pour meurtre et discrimination fondée sur la caste pour l’homicide de Nabaraj BK et de cinq autres personnes. Ces six hommes, dont beaucoup appartenaient à la communauté dalit, avaient été battus à mort par une foule en 2020 à la suite d’allégations faisant état d’une relation inter-caste entre Nabaraj BK et une fille d’une caste dominante. Aux côtés de familles dalits et de militant·e·s, Amnesty International continue de faire pression sur les autorités népalaises pour qu’elles mettent en place des protections efficaces pour les dalits.

L’HUMANITÉ DOIT TRIOMPHER

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